Le cycle de Pygmalion

Nous avons vu dans un article précédent que l’inspiration médiévale est importante dans l’oeuvre de Rossetti et de Burne-Jones. Cependant les thèmes mythologiques occupent également une place majeure dans l’oeuvre de Burne-Jones. Il réalisera diverses séries de mythes et légendes, comme celui de Persée et surtout celui de Pygmalion. Nous allons à travers un extrait d’ouvrage étudier le cycle : Pygmalion and the Image. Il s’agit du second cycle que l’artiste réalise autour du mythe de Pygmalion, il le réalise entre 1875 et 1878 et il est composé de quatre peintures à l’huile : Pygmalion and Galatea I: The Heart Desires, Pygmalion and Galatea II: The Hand RefrainsPygmalion and Galatea III: The Godhead Fires,  Pygmalion and Galatea IV: The Soul Attains

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Edward Burne-Jones, Pygmalion and Galatea I: The Heart Desires

La ressource que nous allons étudier est un extrait de l’ouvrage L’effet Pygmalion de Victor Stoichita, disponible en ligne car il a été numérisé en google book. Dans cet ouvrage l’auteur traite de la figure de Pygmalion à travers la représentation picturale, et plusieurs pages sont dédiés au cycle de Burne-Jones. Le livre en ligne n’est pas entièrement disponible, il faut payer pour pouvoir consulter l’intégralité de celui-ci. Cependant une grande partie de l’ouvrage est tout de même consultable, l’analyse de notre cycle est quasiment entièrement visible, il manque seulement une page. Google books, ou Google Livres en français, est un service de numérisation d’ouvrage proposé par Google, c’est un outil de consultation et de recherche intra-texte, permettant de faire une recherche localisée avec un mot clé à travers une large collection d’ouvrages de libre droit. C’est aussi une librairie en ligne, permettant d’acheter un ouvrage en ligne et de l’obtenir sous forme numérisée. Le concept fut sujet à de fortes critiques de la part du monde de l’édition mais c’est un outil qui offre malgré tout une consultation facilité à des ouvrages parfois difficilement trouvables.De plus avec ces livres numérisés on a accès à des recherches plus efficaces, en effet c’est seulement en recherchant sur Google « Burne-Jones » le cycle de Pygmalion » que j’ai pu tomber sur cet ouvrage, où toute les occurrences à Burne-Jones étaient surlignés. Ainsi il n’est pas nécessaire de consulter l’ouvrage entièrement pour pouvoir trouver le passage nous intéressant. L’interface est classique, on a seulement des pages se suivant, sur une présentation proche des ouvrages papiers. Victor Stoichita, quant à lui, est un historien, critique d’art et écrivain d’origine roumaine et enseignant désormais en Suisse l’histoire de l’art moderne et contemporain. On a donc ici un ouvrage qui semble être digne de confiance, une ressource scientifique. L’auteur renvoie assez souvent le lecteur à d’autres ouvrages par des notes de bas de page, faisant certainement office de biographie car il n’y a pas, en tout cas dans la version numérisé, de biographie à la fin de l’ouvrage, ce qu’on pourrait lui reprocher, il ainsi plus difficile de vérifier ses sources.

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Edward Burne-Jones, The Hand refrains, 1878, huile sur toile, 99,3x75cm, Birmingham, City Museum and Art Gallery

Dans L’effet Pygmalion Victor Stoichita vient décrire le cycle de Burne-Jones, en commentant les toiles les unes après les autres. Il décrit Pygmalion comme un jeune sculpteur jeune et mélancolique dans une intense réflexion  et qui est totalement sourd au monde extérieur. En effet dans la première toile du cycle on voit des jeunes filles courant joyeusement et les statues des trois Grâces, que Pygmalion ignore totalement. Il constate un contraste de couleur entre l’espace extérieur qui est baigné dans des couleurs vives et l’espace du personnage, l’atelier, dans des couleurs froides. Burne-Jones joue également sur les effets de reflets, par exemple avec les Trois Grâces se reflétant sur le sol de l’atelier. On pourrait y voir une évocation à un autre mythe grec: celui de Narcisse. Le peintre jouerait ainsi habilement avec la mythologie grecque pour mettre en valeur l’acte créateur: celui du sculpteur Pygmalion (une figure de l’artiste) et le narcissisme qu’exprime le reflet. Stoichita voit une relation narcissique entre le créateur et sa création. Burne-Jones offre une progression, de l’artiste mélancolique songeant à sa future création dans la première toile, la retenue face au possible accomplissement du rêve dans la deuxième, la représentation de la divinité salvatrice à travers la figure de Vénus et l’animation du corps inanimé par le réveil de Galatée dans la troisième et enfin l’accomplissement du rêve de Pygmalion dans la dernière toile.

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Edward Burne-Jones, Pygmalion and Galatea III: The Godhead Fires,  1878, huile sur toile, 99,3x75cm, Birmingham, City Museum and Art Gallery 

Avec ce cycle à thème mythologique de Burne-Jones on peut comprendre une mise en abyme du travail de l’artiste. L’histoire de Pygmalion et Galatée est un mythe fondateur pour la figure de l’artiste, qui par l’animation, l’éveil à la vie de son oeuvre n’est plus seulement un artisan. On peut aussi voir dans ce mythe l’apologie de la mimesis parfaite: Pygmalion à réussi à créer une oeuvre tellement proche du réel, créant une si grande illusion que les dieux lui finalement donner la vie. La mimesis de l’artiste peut créer des sentiments chez le spectateur, l’illusion est si parfaite que même le créateur tombe amoureux de cette abstraction. L’oeuvre idéale est si réaliste qu’elle réussit à tromper les sens. Burne-Jones montre et affirme donc l’acte créateur de l’artiste. Cet artiste répond également à l’esthétique préraphaélite, il est mélancolique, dans une intense réflexion et intériorisation des sentiments, tout cela accentué par la touche picturale très douce de Burne-Jones. Le thème est aussi l’occasion de travailler sur le nu féminin et l’insertion du mouvement dans le corps. Il crée tout une évolution de ce mouvement, on passe du corps totalement statique de la statue, mais aussi du sculpteur en pleine réflexion  à l’éveil progressif du corps, se pliant, se courbant, avec des formes plus précises et une carnation qui devient de plus en plus humaine. En dernier lieu les toiles peuvent également renvoyé à une dimension religieuse et symbolique de la création, en effet les titres La Divinité enflamme et l’Âme s’élève on peut constater un rapprochement de l’accomplissement du rêve de Pygmalion à une intention divine. La création artistique peut rapprocher du divin, ceci ne serait pas étonnant de la part de l’artiste qui réalisera également des peintures religieuses et qui se destinait dans sa jeunesse à la prêtrise.

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Edward Burne-Jones, Pygmalion and Galatea IV: The Soul Attains1878, huile sur toile, 99,3x75cm, Birmingham, City Museum and Art Gallery 
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