La poésie et la légende médiévale

Le sujet médiéval est essentiel dans la peinture préraphaélite, surtout pour la seconde génération. Pourtant il est difficile de trouver des articles scientifiques, en tout cas via des ressources numériques, traitant uniquement de cet aspect essentiel de la peinture préraphaélite. Ainsi dans la plupart des articles on évoque juste brièvement l’inspiration médiévale et littéraire, la figure féminine étant largement préféré pour les études et essais.

Pour obtenir un aperçu de la dimension littéraire et médiévale nous allons voir le dossier pédagogique en ligne de l’exposition « Désirs et volupté à l’époque victorienne » qui eu lieu au musée Jacquemart André de septembre 2013 à janvier 2014. Le dossier vient présenter le parcours thématique de l’exposition et les artistes qui y sont exposés, on y retrouve Dante Gabriel Rossetti et Burne-Jones. Notons que la plupart des thématiques de l’exposition tournent autour de l’image de la femme et de son rôle. En effet la plupart des oeuvres qui furent exposés étaient des représentations de femmes, aussi bien contemporaines que d’un autre temps. Les commissaires d’exposition, et initiateurs de ce dossier, sont Véronique Gerard-Powell, une maître de conférence en histoire de l’art à l’université Paris-Sorbonne, et Nicolas Sainte-Fare Garnot, le conservateur du musée. Nous avons alors une ressource fiable car écrite par des professionnels de l’histoire de l’art maîtrisant aussi bien la peinture anglaise que le musée en question. Le dossier pédagogique offre une navigation fluide et claire et lient assez justement le texte scientifique au œuvres. Le discours ici est simplifié car le dossier est adressé aux journalistes et au public. Tout comme lors de l’exposition les commissaires ont fait l’effort de lier toute la production artistique de la seconde moitié du XIXème siècle anglais, mêlant aussi bien des toiles préraphaélites que des peinture de l’aesthetic movement, cherchant dans les éléments constitutifs des toiles des points communs permettant de dresser un aperçu général de l’époque.

L’une des parties du dossier s’intitule « Peintres et poètes » et c’est celle-ci qui nous intéressera particulièrement pour comprendre les inspirations et les raisons du thème médiéval dans la peinture préraphaélite. On apprend ici que les jeunes préraphaélites, les créateurs de la confrérie que sont Rossetti, Holman Hunt et Everett Millais s’intéressèrent dès le débuts à la littérature qu’ils cherchèrent à reprendre dans leur peinture, ils s’inspirent tout d’abord de Shakespeare et de John Keats, un grand poète romantique. Ils voyaient dans ces poèmes des thèmes très imagés propice à la représentation. En effet on remarque cette inspiration fondamentale dans l’oeuvre de Rossetti, qui représentera à plusieurs reprise le personnage d’Hamlet, héros emblématique de Shakespeare.

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Dante Gabriel Rossetti, Hamlet and Ophelia, 1858

Mais comme l’évoque le dossier l’inspiration majeure, surtout pour les deux artistes qui nous intéresse, est la légende arthurienne. Celle-ci est déjà présente dans la littérature de l’époque notamment avec Alfred Tennyson et les Idylls of the King, des poèmes sur le roi Arthur ou encore dans La Mort d’Arthur de Thomas Malory. Le thème des amours du roi Arthur, l’adultère de Genièvre ou encore la mort du roi vont être des thèmes récurrent dans la production de la seconde génération préraphaélite. On peut penser à des œuvres telles que Sir Launcelot in the Queen`s Chamber de Rossetti ou The Beguiling of Merlin de Burne-Jones. D’ailleurs Rossetti participera à une compétition pour l’illustration des poèmes de Tennyson, pour laquelle il réalisera quelques dessins, finalement ça sera la photographe Julia Margaret Cameron qui lui sera préféré. Pourtant il ne faut pas voir, comme le souligne justement le dossier, dans la représentation littéraire et médiévale un désir de narrativité  les œuvres restent très statiques et cherchent plutôt l’esprit médiéval que l’histoire. Le sujet médiéval est pour les artistes préraphaélites un moyen de développer l’image féminine, une femme mystérieuse à l’image quasiment mystique et à reconstituer le décor médiéval en jouant également sur le costume. En choisissant des thèmes médiévaux ils recherchent la beauté dans le passé, voyant dans le Moyen-Age une apogée de celle-ci.

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Edward Burne-Jones, Arthur in Avalon

Cependant les sujets littéraires et médiévaux ne vont pas seulement se concentrer sur la légende arthurienne ou sur Shakespeare. On peut noter chez Burne-Jones une série de tableaux sur les contes de Charles Perrault notamment la Belle au bois dormant et Cendrillon, ou encore des tableaux représentant la légende de Tristan et Iseult. Rossetti, lui, va peu à peu s’éloigner de la représentation de la scène médiévale pour se concentre sur l’image seule de la femme.

Le goût pour le médiéval est aussi à comprendre par rapport à l’époque des peintres, au XIXème siècle on voit un regain d’intérêt pour le Moyen-Age. Les châteaux et églises vont être rénovés, il va y avoir une mode de l’architecture gothique en Europe, les poèmes de Tennyson vont connaitre un grand succès et même les photographes vont reprendre les thèmes médiévaux. C’est dans ce contexte que les peintres préraphaélites vont produire leurs œuvres et vont aussi recevoir des commandes de vitraux, nouvelle preuve du goût du médiévale dans l’Angleterre victorienne.

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Edward Burne-Jones, Wedding of Sir Tristram, 1862-1863
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